Poésies

Parfum exotique

Quand, les deux yeux fermés, en un soir chaud d'automne,

Je respire l'odeur de ton sein chaleureux,

Je vois se dérouler des rivages heureux

Qu'eblouissent les feux d'un soleil monotone ;

 

Une ile paresseuse où la nature donne

Des arbres singuliers et des fruits savoureux ;

Des hommes dont le corps est mince et vigoureux,

Et des femmes dont l'oeil par sa franchise étonne.

 

Guidé par ton odeur vers de charmants climats,

Je vois un port rempli de voiles et de mâts

Encor tout fatigués par la vague marine,

 

Pendant que le parfum des verts tamariniers,

Qui circule dans l'air et m'enfle la narine,

Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.

 

C. Baudelaire

 

2015 12 28 21 15 24

La pipe

Je suis la pipe d'un auteur ;

On voit, à contempler ma mine

D'Abyssinienne ou de Cafrine,

Que mon maître est un grand fumeur.

 

Quand il est comblé de  douleur,

Je fume comme la chaumine

Où se prépare la cuisine

Pour le retour du laboureur.

 

J'enlace et je berce son âme

Dans le réseau mobile et bleu

Qui monte de ma bouche en feu,

 

Et je roule un puissant dictame

Qui charme son cœur et guérit

De ses fatigues son esprit.

 

C. Baudelaire

Monet

Le portrait

La Maladie et la Mort font des cendres

De tout le feu qui pour nous flamboya.

De ces grands yeux si fervents et si tendres,

De cette bouche où mon cœur se noya,

 

De ces baisers puissants comme dictame,

De ces transports plus vifs que des rayons,

Que reste-t-il ? C'est affreux, o mon âme !

Rien qu'un dessin fort pâle, aux trois crayons,

 

Qui, comme moi, meurt dans la solitude,

Et que le Temps, injurieux vieillard,

Chaque jour frotte avec aîle rude... 

 

Noir assassin de la Vie et de l'Art,

Tu ne tueras jamais dans ma mémoire

Celle qui fut mon plaisir et ma gloire !

 

C. Baudelaire

2016110923024100

A une femme

Enfant ! Si j'étais roi, je donnerais l'empire,

Et mon char, et mon sceptre, et mon peuple à genoux,

Et ma couronne d'or, et mes bains de porphyre,

Et mes flottes, à qui la mer ne peut suffire,

Pour un regard de vous !

 

Si j'étais Dieu, la terre et l'air avec  les ondes,

Les anges, les démons courbés devant ma loi,

Et le profond chaos aux entrailles fecondes,

L'éternité, l'espace, et les cieux, et les mondes,

Pour baiser de toi !

 

V. Hugo 

 

2017051811074900

A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.

Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,

Une femme passa, d'une main fastueuse

Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

 

Agile et noble, avec sa jambe de statue.

Moi je buvais, crispé comme un extravagant,

Dans son oeil, ciel livide où germe l'ouragan,

La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

 

Un éclair... puis la nuit ! Fugitive beauté 

Dont le regard m'a fait soudainement renaître,

Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

 

Ailleurs, bien loin d'ici ! Trop tard !  Jamais peut-être !

Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,

O toi que j'eusse aimée, o toi qui le savais !

 

C. Baudelaire

 

 

2017081711003900

Les femmes sont sur la Terre...

Les femmes sont sur la Terre

Pour tout idéaliser ;

L'univers est un mystère

Que commence leur baiser.

 

C'est l'amour qui, pour ceinture,

A l'onde et le firmament,

Et dont toute la nature,

N'est au fond, que l'ornement.

 

Tout ce brille, offre à l'âme

Son parfum ou sa couleur ;

Si Dieu n'avait fait la femme,

Il n'aurait pas fait la fleur. 

 

A quoi bon vos étincelles,

Bleus saphirs, sans les yeux doux ?

Les diamants, sans les belles,

Ne sont plus que des cailloux ;

 

Et, dans les charmilles vertes,

Les roses dorment debout,

Et sont des bouches ouvertes

Pour ne rien dire du tout.

 

Tout objet qui charme ou rêve

Tient des femmes sa clarté ;

La perle blanche, sans Eve,

Sans toi, ma fière beauté,

 

Ressemblant, tout enlaidie,

A mon amour qui te fuit,

N'est plus que la maladie

D'une bête dans la nuit.

 

V. Hugo

 

 

 

2016111000114300

Soleils couchants

Une aube affaiblie

Verse par les champs

La mélancolie

Des soleils couchants

 

La mélancolie

Berce de doux chants

Mon coeur qui s'oublie

Aux soleils couchants

 

Et d'étranges rêves,

Comme des soleils

Couchants sur les grèves,

Fantômes vermeils,

Défilent sans trêves,

Défilent pareils

A de grands soleils

Couchants sur les grèves

 

P. Verlaine.

2017051611195100

Mes vers fuiraient

Mes vers fuiraient, doux et frêles,

Vers votre jardin si beau,

Si mes vers avaient des ailes,

Des ailes comme l'oiseau.

 

Ils voleraient, étincelles,

Vers votre foyer qui rit,

Si mes vers avaient des ailes,

Des ailes comme l'esprit.

 

Près de vous, purs et fidèles,

Ils accourraient nuit et jour,

Si mes vers avaient des ailes,

Des ailes comme l'amour.

 

V. Hugo 

2016122117575300

La Beauté

Je suis belle, o mortels ! comme un rêve de pierre,

Et mon sein, où chacun s'est meurtri tour à tour,

Est fait pour inspirer au poète un amour

Éternel et muet ainsi que la matière.

 

Je trône dans l'azur comme un sphinx incompris ;

J'unis un coeur de neige à la blancheur des cygnes ;

Je hais le mouvement qui déplace les lignes,

Et jamais je ne pleure et jamais je ne ris.

 

Les poètes, devant mes grandes attitudes,

Que j'ai l'air d'emprunter aux plus fiers monuments,

Consumeront leurs jours en d'austères études ;

 

Car j'ai, pour fasciner ces dociles amants,

De purs miroirs qui font toutes choses plus belles :

Mes yeux, mes larges yeux aux clartés éternelles.

 

C. Baudelaire

2016110914423800 1

La captive

Si je n'étais captive,

J'aimerais ce pays,

Et cette mer plaintive,

Et ces champs de maïs,

Et ces astres sans nombre,

Si le long du mur sombre

N'etincelait dans l'ombre

Le sabre des spahis.

 

Je ne suis point tartare

Pour qu'un eunuque noir

M'accorde ma guitare,

Me tienne mon miroir,

Bien loin de ces Sodomes,

Au pays dont nous sommes,

Avec les jeunes hommes

On peut parler le soir.

 

Pourtant j'aime une rive

Où jamais des hivers

Le souffle froid n'arrive

Par les vitraux ouverts.

L'été, la pluie est chaude,

L'insecte vert qui rôde

Luit, vivante émeraude,

Sous les brins d'herbe verts.

 

Smyrne est une princesse

Avec son beau chapel ;

L'heureux printemps sans cesse

Répond à son appel,

Et, comme un riant groupe

De fleurs dans une coupe,

Dans ses mers se découpe

Plus d'un frais archipel.

 

J'aime ces tours vermeilles,

Ces drapeaux triomphants,

Ces maisons d'or, pareilles

A des jouets d'enfants ;

J'aime, pour mes pensées

Plus mollement bercées

Ces tentes balancées

Au dos des éléphants.

 

Dans ce palais de fées,

Mon cœur, plein de concerts,

Croit, aux voix étouffées

Qui viennent des déserts,

Entendre les génies

Mêler les harmonies

Des chansons infinies

Qu'ils chantent dans les airs. 

 

 

J'aime de ces contrées 

Les doux parfums brûlants

Sur les vitres dorées

Les feuillages tremblants,

L'eau que la source épanche

Sous le palmier qui penche,

Et la cigogne blanche

Sur les minarets blancs.

 

J'aime en  un lit de mousses

Dire un air espagnol,

Quand mes compagnes douces,

Du pied rasant le sol,

Légion vagabonde

Où le sourire abonde,

Font tournoyer leur ronde

Sous un rond parasol.

 

Mais surtout, quand la brise

Me touche en voltigeant

La nuit j'aime être assise,

Être assise en songeant,

L'oeil sur la mer profonde,

Tandis que, pâle et blonde,

La lune ouvre dans l'onde

Son éventail d'argent.

 

V. Hugo 

 

 

2017030718085100

La mort des amants

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,

Des divans profonds comme des tombeaux,

Et d'étranges fleurs sur des étagères,

Écloses pour nous sous des cieux plus beaux.

 

Usant à l'envi leurs chaleurs dernières,

Nos deux cœurs seront deux vastes flambeaux,

Qui réfléchiront leurs doubles lumières

Dans nos deux esprits, ces miroirs jumeaux.

 

Un soir fait de rose et de bleu mystique,

Nous échangerons un éclair unique,

Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux ;

 

Et plus tard un Ange entr'ouvrant les portes

Viendra ranimer, fidèle et joyeux,

Les miroirs ternis et les flammes mortes.

 

C. Baudelaire

 

Mort

Le vin des chiffonniers

Souvent, à la clarté rouge d'un réverbère

Dont le vent bat la flamme et tourmente le verre,

Au cœur d'un vieux faubourg, labyrinthe fangeux

Où l'humanité grouille en ferments orageux,

 

On voit un chiffonnier qui vient, hochant la tête,

Butant, et se cognant aux murs comme un poète,

Et, sans prendre souci  des mouchards, ses sujets,

Épanche tout son cœur en glorieux projets. 

 

Il prête des serments, dicte des lois sublimes,

Terrasse les méchants, relève les victimes,

Et sous le firmament comme un dais suspendu

S'enivre des splendeurs de sa propre vertu.

 

Oui, ces gens harcelés de chagrins de ménage,

Moulus par le travail  et tourmentés par l'âge,

Éreintés et pliant sous un tas de débris,

Vomissement confus de l'énorme Paris,

 

Reviennent, parfumés d'une odeur de futailles,

Suivis de compagnons, blanchis dans les batailles,

Dont la moustache pend comme les vieux drapeaux

Les bannières, les fleurs et les arcs triomphaux

 

Se dressent devant eux solennelle magie !

Et dans l'étourdissante et lumineuse orgie

Des clairons, du soleil, des cris et du tambour,

Ils apportent la gloire au peuple ivre d'amour !

 

 

C'est ainsi qu'à travers l'Humanité frivole

Le vin roule de l'or, éblouissant Pactole ;

Par le gosier de l'homme il chante ses exploits

Et règne par ses dons ainsi que les vrais rois. 

 

Pour noyer la rancœur et bercer l'indolence

De tous ces vieux maudits qui meurent en silence,

Dieu, touché de remords, avait fait le sommeil ;

L'Homme ajouta le Vin, fils sacré du Soleil !

 

C.Baudelaire

 

 

2016111000122000

Adieux de l'hôtesse arabe

Puisque rien ne t'arrête en cet heureux pays,

Ni l'ombre du palmier, ni le jaune maïs,

Ni le repos, ni l'abondance,

Ni de voir à ta voix battre le jeune sein

De nos soeurs, dont, les soirs, le tournoyant essaim

Couronne un coteau de sa danse,

 

Adieu, voyageur blanc ! J'ai sellé de ma main,

De peur qu'il ne te jette aux pierres du  chemin,

Ton cheval à l'oeil intrépide ;

Ses pieds fouillent le sol, sa croupe est belle à voir,

Ferme, ronde et luisante ainsi qu'un rocher noir

Que polit une onde rapide.

 

Tu marches donc sans cesse ! Oh ! que n'es-tu de ceux

Qui donnent pour limite à leurs pieds paresseux

Leur toit de branches ou de toiles !

Qui, rêveurs, sans en faire, écoutent les récits,

Et souhaitent, le soir, devant leur poste assis,

De s'en aller dans les étoiles !

 

Si tu l'avais voulu, peut-être une de nous,

O jeune homme, eût aimé te servir à genoux

Dans nos huttes ouvertes ;

Elle eût fait, en bercant ton sommeil de ses chants,

Pour chasser de ton front les moucherons méchants,

Un éventail feuilles vertes.

 

Mais tu pars ! _ Nuit et jour, tu vas seul et jaloux.

Le fer de ton  cheval arrache aux durs cailloux

Une poussière d'étincelles ;

A ta lance qui passe et dans l'ombre reluit,

Les aveugles démons qui volent dans la nuit

Souvent ont déchiré leurs ailes.

 

Si tu reviens, gravis,  pour trouver ce hameau,

Ce mont noir qui de loin semble un dos chameau ;

Pour trouver ma hutte fidèle,

Songe à ton toit aigu comme une ruche à miel,

Qu'elle n'a qu'une porte, et qu'elle s'ouvre au ciel

Du côté d'où vient l'hirondelle

 

 

 

 

Si tu ne reviens pas, songe un peu quelquefois

Aux filles du désert, sœurs à la douce voix,

Qui dansent pieds nus sur la dune ;

O beau jeune homme blanc, bel oiseau passager,

Souviens-toi, car peut-être, o rapide étranger,

Ton souvenir reste à plus d'une !

 

Adieu donc ! _ Va tout droit. Garde toi du soleil

Qui dore nos fronts bruns, mais brûle un teint vermeil ;

De l'Arabie infranchissable ;

De la vieille qui va seule et d'un pas tremblant ;

Et de ceux qui le soir, avec un bâton blanc, 

Tracent des cercles sur le sable !

 

V. Hugo

,

 

2017052018162700

Le serpent qui danse

Que j'aime voir, chère indolente,

De ton corps si beau,

Comme une étoffe vacillante,

Miroiter la peau !

 

Sur ta chevelure profonde

Aux âcres parfums,

Mer odorante  et vagabonde

Aux flot bleus et bruns,

 

Comme un navire qui s'éveille

Au vent du  matin,

Mon âme rêveuse appareille

Pour un ciel lointain. 

 

Tes yeux, où rien ne se révèle

De doux ni d'amer,

Sont deux bijoux froids où se mêle

L'or avec le fer.

 

A te voir  marcher en cadence,

Belle d'abandon,

On dirait un serpent qui danse

Au bout d'un bâton.

 

Sous le fardeau de ta paresse

Ta tête d'enfant

Se balance avec la  mollesse

D'un jeune éléphant,

 

Et ton corps se penche et s'allonge

Comme un fin vaisseau

Qui roule bord sur bord et plonge

Ses vergues dans l'eau.

 

Comme un flot grossi par la fonte

Des glaciers grondants,

Quand l'eau de ta bouche remonte

Au bord de  tes dents, 

 

Je crois boire un vin de Bohême,

Amer et vainqueur,

Un ciel liquide qui parsème

D'étoiles mon cœur !

 

C. Baudelaire 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

2016111009185900

Le feu du ciel

L'Égypte ! _  Elle étalait toute blonde d'épis

Ses champs, bariolés comme un riche tapis,

Plaines que des plaines prolongent ;

L'eau vaste et froide au nord, au sud le sable ardent

Se disputent l'Égypte : elle rit cependant

Entre des deux mers qui la rongent.

 

Trois monts bâtis par l'homme au loin perçaient les cieux

D'un triple angle de marbre, et dérobaient aux yeux

Leurs bases  de cendre inondées ;

Et, de leur faîte aigu jusqu'aux sables dorés,

Allaient s'élargissant leurs monstrueux degrés,

Faits pour des pas de six coudees.

 

Un sphinx de granit rose, un dieu de marbre vert,

Les gardaient, sans qu'il fût vent de flamme au désert

Qui leur fit baisser la paupière.

Dix vaisseaux au flanc large entraient dans un grand port,

Une ville géante, assise sur le bord,

Baignait dans l'eau ses pieds de pierre.

 

On entendait mugir le semoun meurtrier,

Et sur les cailloux blancs les écailles crier

Sous le ventre des crocodiles.

Les obélisques gris s'élançaient d'un seul jet. 

Comme une peau de tigre, au couchant s'allongeait 

Le Nil jaune, tacheté d'îles.

 

 

L'astre-roi se couchait. Calme, à l'abri du vent,

La mer réfléchissait ce globe d'or vivant,

Ce monde, âme et flambeau du nôtre ;

Et dans le ciel rougeâtre et dans les flots vermeils,

Comme deux rois amis, on voyait deux soleils

Venir au-devant l'un de l'autre. 

 

_ Où faut-il s'arrêter ? dit la nuée encor.

_ Cherche ! dit une voix dont tremble le Thabor.

 

Du sable, puis du sable !

Le désert ! noir chaos

Toujours inépuisable

En monstres, en fleaux !

Ici rien ne s'arrête.

Ces monts à jaune crête,

Quand souffle la tempête,

Roulent comme des flots !

 

Parfois, de bruits profanes

Troublant ce lieu sacré,

Passent les caravanes

D'Ophir ou de Membré.

 

L'oeil de loin suit leur foule 

Qui sur l'ardente houle

Ondule et se déroule

Comme un serpent marbré.

 

Ces solitudes mornes,

Ces déserts sont à Dieu ;

Lui seul en sait les bornes,

En marque le milieu.

 

V. Hugo

 

 

 

Ruines classiques

Rencontre

Elle était déchaussée, elle était décoiffée,

Assise, les pieds nus, parmi les joncs penchants ;

Moi qui passais par là, je crus voir une fée,

Et je lui dis : veux-tu t'en venir dans les champs ?

 

Elle me regarda de ce regard suprême

Qui reste à la beauté quand nous en triomphons,

Et je lui dis : veux-tu, c'est le mois où l'on aime,

Veux-tu nous en aller sous les arbres profonds ?

 

Elle essuya ses pieds à l'herbe de la rive ;

Elle me regarda pour la seconde fois,

Et la belle folâtre alors devint pensive.

Oh ! Comme les oiseaux chantaient au fond des bois !

 

Comme l'eau caressait doucement le rivage !

Je vis venir à moi, dans les grands roseaux verts,

La belle fille heureuse, effarée et sauvage,

Ses cheveux dans ses yeux,  et riant au travers.

 

V. Hugo

 

 

 

 

 

2017030409292700

La musique

La musique souvent me prend comme une mer !

Vers ma pâle étoile,

Sous un  plafond de brume ou dans un vaste éther,

Je mets à la voile ;

 

La poitrine en avant et les poumons gonflés

Comme de la toile,

J'escalade le dos des flots amoncelés

Que la nuit me voile ;

 

Je sens vibrer en moi toutes les passions

D'un vaisseau qui souffre ;

Le bon vent, la tempête et ses convulsions

 

Sur l'immense gouffre

Me bercent. D'autres fois, calme plat, grand miroir

De mon désespoir !

 

C. Baudelaire

2017072718542700

Les chats

Les amoureux fervents et les savants austères

Aiment également, dans leur mûre saison,

Les  chats puissants et doux, orgueil de la maison,

Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires.

 

Amis de la science et de la volupté,

Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres ;

L'Erebe les eût pris pour ses coursiers funèbres,

S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté. 

 

 

Ils prennent en songeant les nobles attitudes

Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,

Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin ;

 

Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,

Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,

Etoilent vaguement leurs prunelles mystiques.

 

C. Baudelaire

2016111810001700
×